Se faire du mal à soi-même, c’est vouloir évacuer une douleur émotionnelle que l’on ne parvient plus à supporter. C’est vouloir la noyer dans une autre douleur, une douleur sur laquelle on a l’illusion d’avoir un certain contrôle, une douleur dont on est acteur et non plus victime. C’est comme si, prisonnier d’une grotte, plongé dans un noir des plus absolus, on se repliait soudainement sur soi, cherchant la noirceur de son être, recroquevillé, la tête entre les genoux, pour trouver un semblant de refuge. Mais à le voir avec recul, certes, l’on ne fait à chaque fois que s’enfoncer plus encore dans notre douleur. La vérité est qu’au final on est encore plus loin de soi, moins en contrôle, plus en souffrance, et qu’aux souffrances premières viennent s’en ajouter d’autres.

Se faire du mal volontairement implique nécessairement une sensation de honte, un secret que l’on veut garder pour soi, la sensation que, même en en parlant, on serait forcément incompris. Je ne connais pas de termes techniques, alors je ne pourrais qualifier ce qui se produit exactement au moment de l’infliction de la peine, mais il est vrai que l’on ressent un soulagement temporaire. Pendant un instant on se laisse transporter par la nouvelle douleur. Imaginez une feuille morte sur un chemin desséché soudain emportée par un ruisseau qui s’écoule. Elle se laisse glisser, elle se fond presque dans l’eau, elle s’oublie. Mais elle est très vite rappelée à sa réelle condition. Je ne saurais jamais dire ce qui fait plus mal : la souffrance d’origine ou celle qui vient après, cet ensemble de remords, de dégoût de soi, d’échec total et absolu. On s’en veut d’être si faible, d’être son ennemi, de ne même pas être capable de tendre vers le meilleur. En vérité cette souffrance ne remplace jamais vraiment la première. Elle la voile juste un peu à nos regards.

J’ignore ce que ressentent ceux qui s’automutilent. Je n’ai jamais infligé de douleur à mon corps (quoi que plus jeune j’ai eu des troubles du comportement alimentaire). Je ne m’en prends qu’à ce qui compte le plus pour moi : mon âme ; le processus étant le même. Se retourner contre soi est souvent un geste impulsif. Selon sa force d’esprit on peut passer plus ou moins de temps à d’abord lutter contre ses émotions, ce qui est plutôt éreintant. Puis vient le moment où l’on n’en peut tout simplement plus. C’est donc une solution. Je n’avais jamais compris comment une personne qui souffrait pouvait se faire souffrir encore plus. Je n’avais jamais compris ce qui les poussait à se couper, par exemple. Aujourd’hui je le comprends. C’est cette envie d’évasion, de fuite, de contrôle. Pour certains, cela aide même à combler le vide qu’ils ressentent en leur âme. Mais puisque le mal revient (si tant est qu’il nous ait jamais quitté), puisque l’on fait irrémédiablement face à ce qui nous meurtrit, on finit par rentrer dans un cercle vicieux de la douleur, ce qui peut avoir des conséquences plus pénibles encore. Une fois que l’on comprend pourquoi on se fait du mal, on peut commencer à en guérir. 

Fuir la douleur dans la douleur ne fontionne pas !

Il y a d’autres manières de se sortir de ces violences intérieures et extérieures, d’autres solutions, des solutions auxquelles, dans ces moments, on n’a même pas envie de penser. Elles sont là et il nous faut apprendre à les découvrir.

Si j’ai personnellement commencé ce blog (*), c’est justement pour m’aider à ne plus sombrer ; je confronte cette réalité aussi détestable qu’elle puisse m’être, car le reconnaître c’est aller de l’avant. Vous pouvez vous aussi écrire, ou mieux encore, si vous savez à qui en parler, prenez le temps de le faire. Voir un thérapeute pourrait vous aider à ramener une vraie lumière dans votre vie. 

Si vous avez pris pour habitude de vous automutiler, abandonnez vos outils de tortures et appropriez-vous en d’autres ! Pinceau, plume, calame, embrassez ce nouveau moyen d’expression et débarrassez-vous de tout ce qui vous entrave. Non seulement vous réaliserez qu’il y a d’autres moyens d’évacuer, mais il se peut même que vous soyez surpris de ce à quoi vous donnerez vie sur papier.

img_2372

Vous avez peut-être été interpellé par cette photo de cimetière accompagnant l’article, mais ce n’est que pour illustrer l’un de ces endroits dans lesquels on peut trouver un peu plus de repos de l’âme. Cela fonctionne parfaitement pour moi, d’autant plus que j’ai une fascination énorme pour tout ce qui est ancien. Les très vieux tombeaux me transportent toujours, car ils me connectent à toutes ces âmes qui m’ont précédée. Elles, comme moi, ont connu joie et tristesse ; moi, comme elles, finirai peut-être par être un repère pour une autre vie qui vivra ce que j’aurai vécu. Dans cette demeure sereine des morts, nous réalisons parfois le mieux combien nous sommes vivants.  Nous pouvons relativiser, enterrer quelques unes de nos douleurs et repartir plus légers.

img_2373Je vous rassure, la beauté de la nature fonctionne tout aussi bien ! Cette fois-ci l’on réalise que l’on est une part de ce tout et on pourra se laisser un peu dissoudre dans cet univers.

Dans tous les cas, ce qu’il nous faut c’est accepter ces pensées qui se présentent à nous, qu’elles soient douces, difficiles ou négatives. Il nous faut acceuillir ces souffrances et savoir qu’il n’y a rien de plus vivant qu’un coeur qui ressent des émotions. Il nous faut ensuite trouver un moyen de les évacuer, et ce que nous avons évoqué plus haut aide. Contrôler sa respiration est aussi très important, surtout quand l’angoisse qui nous saisit est violente. Il ne faut pas paniquer et garder à l’esprit que l’on est capable de s’en sortir, avec un minimum de bienveillance à son égard. Enfin, on peut songer à une façon dont on pourrait arranger notre situation, ou au moins remplacer la pensée négative par quelque chose de plus positif. On pourra revenir sur ce point.

Souvenez-vous, ce qu’il nous faut sauver c’est notre âme et nous avons beaucoup à apprendre de tous ces messages qu’elle nous envoie. Nous devons prendre le chemin spirituel de la guérison.

Pour finir, cet article est sans doute l’un de ceux qui m’ont été les plus difficiles à écrire. J’ai été plusieurs fois coupée par des sortes de crises d’angoisse, des douleurs physiques causées par la douleur intérieure et des envies de juste tout laisser en court. Mais j’ai terminé ! Je n’en serai certainement pas satisfaite à la relecture, mais au moins c’est fait ! Grâces soient rendues au Seigneur. Puisse ce message apporter un peu de soutien à qui le lira…

La lutte continue !

_____
(*) Oui, j’avais effectivement commencé un autre blog, mais je reviens ici, j’en parlerai peut-être ; sûrement.

Publicités