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S’adressant à Victoria Derbyshire (V.B.) de BBC, Shaker Aamer (S.A) dernier citoyen britannique à quitter Guantanamo Bay, relata les diverses tortures qu’on lui infligea durant son calvaire.

Voici un extrait de l’interview :

V.D. : – Il y eut des menaces contre votre famille à cette époque, notamment, si je le comprends bien, un interrogateur en particulier qui menaça de sexuellement agresser votre fille alors âgée de 5 ans.
S.A. : – Oui, cela se passa à Kandahar, c’était la chose la plus dure, la plus difficile que je n’ai jamais entendue.
V.D. : – Qu’avait-il dit ?
S.A. : – Cet homme se nommait Sali. Je crois que ce fut la pire expérience que je vécus là-bas, à cette époque, car je me trouvais dans une tente pendant 10 jours, affamé, sans eau, rien. Et Sali jouait un double jeu : parfois s’occupant de moi en me sortant de la tente, me laissant m’assoir avec les gardes, chauffant de la nourriture pour moi et me la donnant. Et d’autres fois il me bloquait contre la table, sous le bureau, dans ce petit lieu où l’on place la chaise, et trois ou quatre d’entre eux se mettaient à cogner partout de gauche à droite, sur le bureau avec de grosses chaises, et ils frappaient de mon côté, mais sans me toucher directement, et il se comportait de façon vraiment horrible. C’est l’une des fois où il me dit cela : « Ta femme et ta fille sont avec nous. Et si tu ne te mets pas à parler, nous allons violer ta fille et tu l’entendras hurler : Papa ! Papa ! »
Ce fut complètement inhumain. Ce fut même pire que les coups, pire que tout… Juste à penser à ma fille et je restai là, complètement silencieux. Durant trois, quatre jours, je ne prononçai pas un mot.
Puis il revint et essaya d’être Monsieur Sympathique, disant : « Tu sais, nous essayons de te venir en aide ici. »
Alors tu ne sais plus comment te sentir, tu ne sais plus rien. Tu ne sais pas si tu veux le détester, ou si tu veux l’aimer, si tu veux le tuer.. Que veux-tu faire de lui ? Tu ne le sais pas… Et cela faisait partie de l’interrogation, c’est ce qu’ils faisaient. Et quatre heures après quatre heures, un interrogateur venait, puis un autre… Et cela se poursuit encore et encore et tu ne sais pas si cela va prendre fin. Je pensais à cette époque que cela ne prendrait jamais fin, que j’allais mourir avant que cela ne s’arrête.

En plus des menaces de viol, Shaker Aamer, rapporte comme il fut privé de sommeil durant neuf jours, privé de nourriture, plongé dans de l’eau glacée, tenu enfermé dans une cage, et contraint à se tenir debout sur du béton en hiver pendant 16 heures par jour, dans des conditions de froid extrême.

Il fut détenu sans accusation ni jugement après avoir été suspecté à tort d’être un associé d’Osama Bin Laden et d’avoir été à la tête d’une unité des Talibans. A ce propos il explique d’ailleurs comment les interrogateurs voulaient, par la torture et la contrainte, les forcer à avouer ce dont ils étaient innocents, simplement car ils cherchaient un coupable. Il relate ainsi un échange avec l’un des interrogateurs :

« Si vous voulez que je vous dise que j’ai travaillé avec Ben Laden, je vous le dirai. Si vous voulez que je vous dise que hey, vous savez la Seconde Guerre Mondiale ?
Il répondit que oui.
Je lui dis : « Vous savez qui en est coupable ? »
Il répondit : « Oui, nous savons. »
Je dis alors : « Non, vous ne savez pas. C’est moi. »
Puis il me regarda et demanda : « Quoi, tu essaies de te payer ma tête ?
Je répondis : « Non. C’est vous qui voulez juste entendre n’importe quoi. Alors je vous dis tout ce que vous voulez entendre. Je vous le dirai, afin que ça s’arrête.
Mais comme il répondit cela ne va pas s’arrêter, car vraiment, ils cherchent juste quelqu’un à accuser. »

M. Aamer fut transféré à Guantanamo Bay en Février 2002 et précise qu’il lui fut dit que les prisonniers bénéficieront de la protection assurée par la Convention de Genève et se dit que « personne ne peut rien te faire de mal maintenant, car tu es dans une enceinte américaine. »

Lorsque Shaker Aamer fut transféré à Guantanamo Bay en Février 2002, il pensa : « personne ne peut rien te faire de mal maintenant, car tu es dans une enceinte américaine. »

Malheureusement, la vérité s’avéra être tout autre, dans cette prison où la Convention de Genève même n’était pas respectée. Les tortures y suivaient un autre modèle, étant beaucoup plus cachées et secrètes qu’à Bagram et Kandahar. Il rapporte notamment que les gardes les emmenaient dans ce qu’ils appelaient le bâtiment « en or », dans une pièce de torture gardée par une « porte de frigo » où les systèmes de climatisation étaient constamment allumés à fond afin de garder la pièce à froid, et où se trouvaient divers instruments de tortures (musique et autres). Ils prenaient les détenus et les enfermaient là-bas, attachés au sol, pendant une journée, 36 heures, les empêchant de sortir faire leurs besoins. Il expliqua qu’à ce jour les tortures se poursuivent, que ce soit par le bruit constant, le maintient des prisonniers à froid, les empêchant de dormir, les interventions violentes des gardes, les fouilles au corps humiliantes, les coups. Nous tâcherons de revenir dessus dans un autre article.

Aujourd’hui Shaker Aamer est un homme libre et déterminé, comme toujours, à dire la vérité.

Dominic Casciani, correspondant des affaires intérieures de la BBC, a dit : « Dans la fin des années 1990, le MI5 a enquêté sur Shaker Aamer. Aujourd’hui, il ne se trouve plus sous enquête criminelle – et d’ailleurs, le Scotland Yard a même proposé d’enquêter sur les tortures dont il a, depuis, affirmé avoir souffert. »

Prions que cette prison de la honte soit enfin close et que la vérité soit reconnue !

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