Image @ Ummah Strokes
Image @ Ummah Strokes

Comment aborder ce sujet ? D’un côté comme de l’autre nous avons un problème. Ce problème c’est le jugement.

Que donc nous arrive-t-il ? Nous jugeons nos sœurs sur la couleur de leur hijab, ou la longueur de leurs voiles, estimant à chaque fois que c’est trop ou pas assez.

Nous sommes dans une société qui fonctionne tellement sur le paraître, que nous avons projeté ces critères de jugement sur notre noble Religion. Ainsi jugeons-nous du paraître au lieu de juger de l’être.

A la base, je voulais simplement écrire au sujet des moqueries injustifiées sur les sœurs au « hijab rose », mais à la réflexion je me suis dit que le problème était bien plus complexe. Je ne porte pas de voile rose, et j’ai moi-même été critiquée sur ma tenue jugée trop longue, trop sombre… On comprend donc que quoi que nous fassions, il y a aura toujours des personnes pour manifester leur trouble quant à nos choix personnels. Assez ironique quand on y pense, mais tel est le monde dans lequel on vit.

Alors aujourd’hui j’ai lu qu’une sœur s’était vue critiquer sur son voile rose par une demoiselle portant de plus longs voiles. Rien de plus agaçant à vrai dire.
Depuis quand juge-t-on de la piété selon une tenue ? Oui, il n’y a pas plus ridicule, à mon sens, que cette classification que l’on doit à nos jeunes sœurs selon laquelle la piété irait par étape : du hijab, passant au jilbab, puis au niqab, le sitar étant le sommet de leur pyramide de dévotion. Ainsi, la femme complètement recouverte serait, d’après elles, forcément plus pieuse.

On en revient à dire qu’il faut juger le livre à sa couverture. Ok. Donc si je recouvre un livre obscène, contenant un langage manifestement grossier, invitant à des manières grossières et écrit de façon grossière, d’une jolie couverture avec un minaret, ce livre sera forcément bon. Est-ce ainsi ? Est-ce correct ? Si cette seconde équation vous semble défaillante, la première l’est à plus forte raison.

Au lieu d’associer un degré de piété à ces nobles tenues, nous devrions plutôt parler de degré de pratique, d’aspiration, de recherche. Ainsi, les sœurs qui les revêtissent, sont, dans leur propre cheminement, à une étape externe autre que celles qui ne tendent pas vers leur port. Le souci est que dans cette société du paraître, beaucoup se focalisent sur leur tenue et en oublient le travail sur leur akhlaq, la politesse, les bonnes manières.

Mes Sœurs, quelle que soit votre tenue, que ce soit ce voile coloré ou ce jilbab/voile plus sombre, n’oubliez pas que la pudeur ne se limite pas à la tenue. La tenue n’en est qu’un aspect : l’externe. Or ses racines prennent naissance en votre interne, cette partie cachée de votre être dont peuvent surgir les plus belles ou sombres choses. Si vous n’en prenez pas soin, votre jardin sera infecté, et vous aurez beau essayer de le redécorer extérieurement, vous ne parviendrez à tromper personne.

L’Imam al-Haddad, ra7imahullâh, nous enseigne en ce sens que si l’interne est rectifié, l’externe le sera automatiquement ; mais si l’interne est corrompu, l’externe le sera également.

Notre Prophète sallallahu 3alayhi wa sallam demandait au Seigneur de rendre son interne meilleur que son externe, et de rendre son externe sain (sali7a).

Par la même, rappelons que le but du voile n’est pas l’embellissement. Une fois de plus, la société du paraître trompe nos sœurs et les incite à ressembler à des mannequins en hijab. Et voilà ces vidéos, ces tutoriels, dans lesquels sont assorties diverses tenues, sac, bijoux, chaussures… et des sœurs maquillées à souhait qui, au nom du voile, se dévoilent un peu trop.

Un respecté Shaykh disait que si le voile était trop attirant (contraire de son but), il faudrait alors recouvrir ce voile d’un voile =))

Nous avons un long voyage à faire sur la compréhension de cette pudeur. Une enseignante nous disait un jour qu’il était difficile d’expliquer à une fille d’Occident ce que la pudeur représentait réellement, tant nous en étions, en toute chose, éloignés.
La pudeur est dans la politesse, dans l’humilité, dans la discrétion, dans la gentillesse, dans la bonté, dans le comportement respectueux avec l’autre, dans les relations courtoises, dans l’absence d’orgueil, d’arrogance et de jugement. C’est déjà, quelque part, manquer de pudeur, que de s’estimer meilleur qu’autrui. Et bien évidemment, cette pudeur se retranscrit dans l’externe, par les tenues que nous portons afin de plaire au Tout-Puissant et par tout ce que nous exprimons.

L’Imam al-Haddad – auparavant cité – nous dit que celui qui prétend avoir un cœur pur alors que son externe prouve le contraire, est un vil parleur. 
Il faut donc une relation entre notre interne et notre externe, et une fois encore, ceci ne se manifeste pas que dans la tenue. Si nous sommes pleinement revêtues, cachant chaque parcelle de notre peau, mais nous exprimons mal, nous comportons de façon plutôt vulgaire, bruyante, irrespectueuse, alors nous avons délaissé une partie essentielle de pudeur, et c’est comme si nous avions menti.

Alors pour finir, laissons nos sœurs exprimer leur pudeur à leur manière. Laissons-les être sincères, dans une relation avec l’Unique, et n’exigeons pas d’elles de se soumettre à nos critères de pudeur et piété (que ce soit en plus ou moins). Il est essentiel que chaque personne puisse cheminer sainement, avec compréhension et conviction à chaque étape de son parcours. Il faut bien commencer quelque part, et ce sont des encouragements que nous devons donner à nos sœurs voilées, qui font cet effort de se couvrir ou vêtir plus pudiquement, et non des blâmes et moqueries blessantes.

Et si nous désirons réellement conquérir leur cœur par nos idées, commençons par apprendre l’art de la communication et de l’échange, le respect et l’acceptation d’autrui, et laissons notre méchanceté, nos tons moqueurs et critiques au vestiaire ! Autrement dit, effectuons ce travail de pudeur en nous et éduquons notre ego. Nous n’en plairons que plus à notre Allah.

Travaillons sur ce qui nous unit au lieu de nous focaliser sur ce qui nous divise et nous affaiblit.

PS : de la même manière, évitons de juger de la piété d’un Frère à la longueur de sa barbe ^__^
Comprenons enfin qu’il y a bien plus que le paraître =))

~ Peace’n’Smile ~

Illustration par Ainosora

Illustration par Ainosora. L’union fait la force ;))

 
 

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