Avec un immense retard, voici le compte-rendu de la manifestation du 14 Février 2014 pour la libération de notre frère Shaker Aamer.


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C’était un jour de pluie ; il faisait froid. Je me rendais à Londres pour la première fois. Les occasions touristiques ne m’intéressaient guère. Non. Ce jour là, j’allais me tenir debout, face aux bureaux du MI6 pour exiger la libération de mon Frère Shaker Aamer.

Bâtiment du MI6 (services secrets) à Londres.
Bâtiment du MI6 (services secrets) à Londres.

Les préparatifs du matin avaient un goût particulier. Le choix des vêtements, les affaires, les chaussettes de rechange au-cas-où… J’avais cette vive impression et ce goût unique de partir en mission. Une fois arrivée à Londres, au lieu de regroupement, je me mettais à chercher les uniformes oranges. Etrangement, j’en voyais plein. Je m’orientais en leur direction mais ce n’étaient pas les bons. C’étaient les employés de la fonction publique.

Je restais alors à l’abri de bus, attendant de voir une apparition intéressante, quand enfin elle se fit à mon regard. Une banderole « Free Shaker Aamer » était en train d’être accrochée par des activistes en tenue orange. J’avais trouvé mon équipe. Je m’approchais timidement, j’étais attendue. A mon grand soulagement on m’accueillit chaleureusement et me présentait au reste de l’équipe.

L’ambiance était réellement formidable. Une excellente organisation, des individus pleinement engagés. Magnifique. On me donna ma mission. Nous devions chacun tenir une pancarte affichant un message. Chacun de nous un mot, le tout faisant une phrase. Sub7anallah, on me donna le nom « Shaker » ce qui m’émue profondément. J’avais l’honneur de tenir le nom de mon Frère, moi, sa sœur en Dieu.

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Pendant que nous étions debout là, sous la pluie, les activistes hurlaient : « Free Shaker Aamer !!! Stop the torture ! Stop the lies ! Free Shaker Now ! » et autres slogans. Pour ma part je ne criais pas, attitude inappropriée. Alors de tout mon cœur je joignais des invocations à leurs cris, des « aaamiiin » et autres… sachant pertinemment qu’Allah Seul accorde la victoire. Ce jour là j’avais enfin l’impression de faire quelque chose d’autre.

Ensuite nous nous dirigeâmes vers le bâtiment, dans l’espoir de pouvoir y pénétrer et remettre une carte de la Saint Valentin… Le message qu’elle contenait disait :

« MI6, nous aimerions que vous…
nous aidiez à ramener Shaker Aamer.
Shaker Aamer – illégalement emprisonné et torturé à Guantanamo depuis douze ans.
– Il n’y a aucune charge contre lui et il n’a pas fait preuve de jugement
– Il a été déclaré libérable depuis 2007.

ALORS POURQUOI SHAKER AAMER S’Y TROUVE ENCORE ?

Shaker Aamer aimerait se trouver en son foyer avec son épouse et sa famille en Angleterre.
MI6 vous pouvez aider !
Dites-la vérité au sujet de la torture !
MI6 ayez du cœur.
Ne bloquez pas la libération de Shaker Aamer de Guantanamo et son retour au UK. »

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Juste avant de nous séparer, chacun des représentants des différents organismes présents prit la parole. On me proposa de parler, mais trop timide, je déclinai l’invitation. Je m’approchai de l’organisateur pour lui demander de dire aux autres qu’en ce jour, je représentais la France. Très heureux il cria : « La France est avec nous ! » Ya Rabb et pas que la France.

Il m’était difficile de les quitter. Je partais le cœur serré. Triste. Se tenir là me rapprochait plus de mes frères et de leurs souffrances. Repartir est toujours effrayant, le retour au monde de l’insouciance et de l’oubli. Il me restait encore quelques heures avant de reprendre mon bus. Je me rendis alors au centre ville. Visite de Londres improvisée.


C’était la St Valentin. Sur mon chemin je vis un mur de tags pour l’occasion. Chaque passant pouvait y inscrire un message. Je passai une première fois devant, sans m’arrêter. Puis une pensée visita mon esprit. Je repassai devant, m’approchai du mur et restai un peu hésitante. Un des jeunes organisateurs vint à moi et me demanda : – Veux-tu écrire un message ?
– Je ne sais pas… répondis-je.
– Si, si, vas y, rétorqua-t-il en me tendant le stylo.
Je l’acceptai et écrivis : « SHAKER AAMER – Freedom for all » non sans émotions.
Il me demanda alors : « Qui est-ce ? Un ami ? » Et je répondis que c’était un frère… injustement emprisonné. Je pris une photo de ce mini tag, restai encore un instant à songer et avant de repartir je me rendis auprès des deux jeunes organisant cela avec une petite feuille reprenant l’histoire brève de Shaaker que je leur tendis : « Voici celui dont j’inscrivis le nom… » Ils me posèrent quelques questions, la jeune fille surtout, très clairement surprise d’apprendre que la prison était encore ouverte et que des innocents s’y trouvaient à notre époque.

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Le barbarisme n’est pas que pratique des temps anciens. Il ne quitta en réalité jamais les agissements des gouverneurs. Il ne fit que se sophistiquer avec le temps.

imageLa nuit tomba vite. Je fus prise sous une énorme averse qui fit de mes chaussures des barques remplies d’eau. Je pu changer mes chaussettes dans un petit café, ou je me mis à griffonner quelques questions que je comptais poser à Andy Worthington… Encore une interview que je dois retranscrire, bi idhnillahi.

Puisse Allah renforcer tous les activistes et militants pour la paix. Puisse-t-Il illuminer leurs cœurs et puisse-t-Il nous aider à suivre leur exemple.

Prions pour nos frères de Gitmo et pour l’ensemble des prisonniers injustement détenus sur cette terre…

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