A quel monde appartiens-je donc ? Plus le temps passe, plus je me le demande. Je ne me sens pas à ma place. Mais où donc se trouve-t-elle ? Je reste là à m’interroger sur mon vécu, sur mes choix à venir, sur mon service pour la Ummah. Qu’ai-je fait de ces nombreuses années que le Seigneur m’a offertes de vivre ? Combien de cœurs, en bien, ai-je pu toucher ? Combien de sourires ai-je pu donner ? Combien de fardeaux ai-je pu alléger ? Et quand un jour je quitterai ce monde, qui se souviendra de moi ? Qu’aurais-je laissé de mon passage ?

Lui… Il était un cœur vivant de la Ummah… Un de ces « fataa », déterminé et courageux.

Il allait rendre visite aux veuves et orphelins, mettant sa vie en péril. Il se battait pour la sûreté de sa famille, de son pays, œuvrait pour diverses organisations, conduisait les blessés à l’hôpital. Il travaillait sans relâche, croisant sa destinée avec d’autres humanitaires. Il repoussait le mariage car il craignait que cela affaiblisse son travail pour son peuple. Aujourd’hui, son épouse serait veuve. Je ne peux m’empêcher de penser à cela. Tous ceux qui l’avaient rencontré semblaient réellement l’apprécier. J’ai lu et relu des témoignages en son honneur, des mots dans lesquels se dessinaient des larmes, chaque virgule, chaque espace étant comme un étouffement dû à la douleur, chaque phrase étant une poigne serrant mon cœur de plus belle.

J’aurais aimé moi aussi le connaître. J’aurais aimé me joindre à eux pour pleurer sa perte, partager leur déchirure. Mais même sans l’avoir connu, la tristesse ne m’a pas épargnée. Je sens cette lourdeur, ce goût plus amer qui m’accompagne depuis… Il s’est passé quelque chose. La Syrie a perdu un de ces héros. Et combien d’autres comme lui ? Combien encore vont devoir tomber dans ce massacre sans pareil ? Dans ce crime organisé ? Dans ce génocide ?

C’est étrange, mais la nuit précédant son départ, je n’arrivais pas à m’endormir. Je tournais dans mon lit m’inquiétant pour ces quelques personnes qui me sont chères. Dieu merci, je pus m’assurer par la suite de leur sûreté à tous. Et avec recul, je me dis que c’est comme si mon âme me préparait à une réflexion intense… Et Il sait mieux. Mais il y a certes de quoi songer.

Son visage, je le connaissais déjà. Ce sourire, l’index levé, à côté d’une vitre de camion recouverte de neige. Je ne savais rien de lui, mais il avait quelque chose de fort sincère, de profondément touchant. Aujourd’hui je le sais. Il fait partie de ceux qui ne sont point morts, mais toujours vivants.

« Un oiseau vert du Paradis. »

Paix à son âme et paix à toutes ces braves âmes tombées comme lui. Qu’Allah apaise le cœur de tous ceux qui pleurent cette perte. Qu’Allah éveille d’autres vaillants serviteurs pour secourir la Ummah, apporter des sourires, redonner de l’espoir, avec goût réel de sacrifice et compassion.

J’ignore alors à quel monde j’appartiens. Mais je sais que j’aimerais appartenir à ce monde de ceux qui œuvrent sans relâche pour servir la nation, pour apporter joie et douceur dans le cœur de chaque être qu’ils croisent. Je sais que j’aurais aimé être plus comme lui.

Aujourd’hui, j’apporte mon témoignage en hommage à ce frère, mon frère, qui ne restera pas inconnu. Hazem, ou « Hazem Syrian »… que le Seigneur soit de toi Satisfait.

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