Dimanche j’ai eu la joie de passé une sublime journée de réflexions dans un petit parc, journée qui me réserva sa part de surprises. L’une d’elles est celle qui suit…

Tree of Sorrow by angelreich
Tree of Sorrow by Angelreich

J’étais assise, tranquille et pensive, lorsque deux jeunes filles passèrent derrière moi. Je ne me retournai pas, je n’en vis nullement l’utilité. Mais leur réaction me choqua (vraiment ? o_Ô) ou pour le moins me prit au dépourvu. Allah Seul sait ce qu’elles se sont dit, mais elles me regardèrent et se mirent à courir. Celle qui très visiblement était la meneuse parmi les deux, ne cessait de se retourner pour me regarder… Le message était clair : j’étais un danger à fuir, éviter. Et elles couraient, feignant la peur, ricanant comme des ……… – Allah sait mieux. J’avais parfaitement saisi la mascarade, alors détendue, je ne les quittais pas du regard… Je ressentis un détachement profond, une pure indifférence, accompagnée toutefois d’un soupçon de dédain, un rejet profond de ce comportement immature. A l’instant même où je ressentis ce sentiment, je me mis à invoquer le Seigneur pour leur guidée… Je souris intérieurement car ce qui en temps normal aurait pu être méchant, était ici une invocation pour la guidée. La soumission : c’est sans doute la dernière chose que ces deux créatures désiraient… et pourtant, je l’espère, un jour elles aimeront le souvenir de ce qu’elles fuyaient.

Leur passage me laissa avec une intéressante réflexion sur ce que cette scène représentait, les deux réalités qui étaient venues se confronter. Elles et leur insouciance, faisant face au monde, passant avec leur musique et tout leur tas d’idées. Moi assise, le dos tourné au monde, vêtue de noir, déconnectée, occupée par des salutations envoyées sur le modèle parfait – salawaatu Rabbina wa salaamuhu 3alayh. Le souvenir, à cet instant, de mes frères de Gitmo m’accompagna.

Symboliquement que représentaient-elles, et que mon personnage représentait ?
Cette sérénité douce et profonde délectée à cet instant, faisait ricaner et courir deux pauvres âmes perdues en ce bas-monde ? Alors c’était la Vérité qu’elles fuyaient ? En voyant leur tenue, je ne pus m’empêcher de ressentir une peine intense. Pauvres enfants. La pression de la société dans laquelle elles évoluent les poussait à découvrir leurs petites jambes et plus encore. C’est surtout ça… j’étais fort triste pour elles, trop triste de voir leur innocence volée, arrachée, exposée. Déchirées par le mensonge.
On prie le Seigneur de sauver la jeunesse.

En tout cas leur attitude ne me toucha pas, ne me perturba pas. Bien au contraire. Elle me permit cette réflexion poignante.

Plus tard pourtant, peut-être une heure ou plus après, j’entendis des cris de l’autre côté du parc. Une fille hurlait. Je tournai la tête pour voir, sans trop de présence. A une centaine de mètres, donc oui, plutôt loin, derrière les arbres, c’étaient elles. La meneuse une fois de plus faisait des siennes et hurlait pour attirer mon attention. Les reconnaissant, je détournai ma tête à nouveau avec un signe de désapprobation. Mais elle n’arrêtait pas d’hurler. Elle m’appelait, sans m’appeler. Elle me cherchait… A un moment je ne sais quelle force en moi tourna ma tête, et je me mis à la regarder, non, plutôt la fixer de loin… si loin qu’on ne pouvait réellement se voir, juste savoir que nous étions face à face, que nous nous regardions. Elle se mit alors à faire des mouvements, se balancer, faire des grands gestes hurlant de plus belle. Je regardais avec cette même absence, avec un tel détachement, un tél éloignement ; mais avec une force étrange en moi, et saisissante, dont je voulais qu’elle se sente transpercée. C’était comme un défi, je fixais ce que je rejetais… peut-être. Je ne sais pas. Mais à cet instant quelque chose d’étrange, d’incompréhensible se produisit. Je n’arrivais plus à la regarder… Je n’y arrivais pas, elle était devenue trouble, c’était flou, ma tête ne le supportait pas. Je détournai le regard… Puis tentai de regarder à nouveau. Impossible. Je n’y arrivais pas. C’est comme si Allah avait voulu protéger mon regard. Ce n’était pas pour moi… La cause de ma présence ici était ailleurs, mon paysage doux était ailleurs, mon parcours était devant moi… Je ne les regardai alors plus. La meneuse se mit à hurler encore plus… elle n’arrêtait pas. Des cris, des « ééhoooo »… Je ne comprenais pas ce qu’elle recherchait au fond. Comment peut-on autant fuir une chose et être paradoxalement attirée par elle à ce point ? Je me disais : si je me lève et avance vers elles pour leur parler, elles vont fuir, comme elles ont fuit alors que je leur tournais le dos. Si cette première « rencontre » avait causé leur fuite, qu’auraient-elles fait à ce second instant ? Je me dis alors qu’il fallait peut-être que je leur fasse un signe de la main… leur dire de venir s’asseoir là et qu’on discute. Mais vu la folie de ses gestuelles, je me disais qu’elle penserait (la meneuse) que je lui répondais… Non. Je n’étais pas son reflet. J’étais son antithèse. Je finis par abandonner. Laisser. Je ne voulais pas non plus qu’elle se ridiculise plus. Son comportement n’avait rien d’honorable et il y avait, cette fois-ci à ma gauche, d’autres personnes que je ne voulais pas qu’elle dérange.

Quand elles eurent enfin quitté le parc, je regardai à nouveau à cet endroit. 3 personnes passaient, et je voulais voir si le même trouble se produisait… Non. Je les voyais parfaitement, sans la moindre difficulté.

Oui. Je suis certaine qu’Allah avait voulu détourner mon regard de cette Dunyaa qui m’appelait… Il voulait que je la délaisse…

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Photo by Nilgunkara

Puisse Allah tous nous sauver et toujours guider nos pas.

***

Pourquoi partager ce récit, cette expérience ? Simplement pour rappeler à chacune de mes Sœurs qu’elles n’ont pas de quoi faiblir. Que le renoncement aux délices illusoires les conduira à la délectation de délices purs et réels.
Que bien que nous évoluions dans un monde qui vend un modèle de liberté factice passant par la soumission aux passions et mensonges, la force et la liberté se trouvent avec ceux qui se sont soumis au Réel.

Les véritables prisonniers ne sont pas ceux qui se trouvent dans les cages, dans la pénombre, ou en retrait. Ce sont les lâches qui les enferment, dans leur fuite apeurée de la Réalité. 


Mais… nous sommes libres.

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