Un article que nous avions rédigé il y a plusieurs mois, sans pour autant le poster. In sha’a llahu, partageons, il pourrait intéresser certains lecteurs.

Guantanamo-Force-Feeding

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« La grève de la faim est une action politique pacifique pour protester contre des termes de détention ou des conditions d’emprisonnement. […] Les grévistes de la faim ne tentent pas de se suicider. Ils sont prêts à risquer la mort si l’on ne satisfait pas à leurs requêtes. Leur but n’est pas de mourir mais d’obtenir que la question des injustices ressenties soit traitée. »

Dans un article publié dans le ‘New England Journal of Medicine’ un groupement de médecins-chefs américains rappellent la dimension essentielle de la grève de la faim.

De l’ensemble des réponses que l’on puisse donner à une grève de la faim, à Guantánamo on a choisi l’alimentation forcée. Cette pratique coercitive contraire à l’éthique médicale et au droit international, comme l’a indiqué Stephen Xenakis – psychiatre et brigadier retraité de l’Armée – lors d’une audience du sénat américain où il appelait à une cessation immédiate de la pratique. « Rien au nom de la défense de notre pays ne peut justifier un traitement cruel, inhumain et dégradant d’un autre homme ou femme », précisa-t-il.

Tout au long de l’article précité,  les docteurs George Annas, Sondra Crosby et Leonard Glantz appelaient déjà le personnel médical militaire à se conformer à l’éthique médicale commune et de refuser de se soumettre à ce programme d’alimentation forcée ; ils appelaient également à une mobilisation de l’ensemble des médecins.  « Guantánamo a été décrit comme un « trou noir juridique ». Devenant toujours davantage une zone dépourvue d’éthique médicale, nous pensons qu’il est temps pour la profession médicale d’engager une action politique constructive. » Ils renvoient d’ailleurs à la Déclaration de Malte sur les grévistes de la faim de l’Association Médicale Mondiale (AMM), définissant parfaitement l’éthique médical, notamment lorsqu’elle stipule que : « L’alimentation forcée n’est jamais acceptable. Même dans un but charitable, l’alimentation accompagnée de menaces, de coercition et avec recours à la force ou à l’immobilisation physique est une forme de traitement inhumain et dégradant. Tout autant inacceptable est l’alimentation forcée de certains détenus afin d’intimider ou de contraindre les autres grévistes de la faim à cesser de jeûner. »

L’Association Américaine Médicale (AMA) s’oppose également à l’alimentation forcée, s’inscrivant dans l’esprit de la Déclaration de Tokyo de l’AMM dont l’article 6 dispose : « Lorsqu’un prisonnier refuse toute nourriture et que le médecin estime que celui-ci est en état de formuler un jugement conscient et rationnel quant aux conséquences qu’entraînerait son refus de se nourrir, il ne devra pas être alimenté artificiellement. »

Alors qu’il est clair pour tout le monde, dans le respect des Déclarations susmentionnées, qu’une grève de la faim n’est nullement une tentative de suicide, les autorités pénitentiaires jouent sur la notion pour justifier leur agissement.

Pire encore, la Juge Rosemary M. Collyer – après avoir rejeté la demande de trois détenus de faire cesser l’alimentation forcée pour incompétence de la Cour en la matière –ajouta que même si elle avait eu l’autorité nécessaire, elle aurait rejeté leur demande considérant que les autorités américaines ne pouvaient permettre à des détenus de s’infliger la mort en se maintenant dans la faim. D’après elle la principale plainte des détenus serait donc qu’on les empêche de se suicider.  En outre il n’y aurait, d’après elle, rien de choquant ou d’inhumain dans la pratique.

Auparavant une autre Juge, Gladys Kessler avait rejeté une demande similaire indiquant qu’elle manquait de compétence en la matière, mais elle ne manqua pas de condamner la pratique et de préciser que le Président Obama, dans sa qualité de commandant en chef, avait l’autorité pour  faire cesser l’alimentation forcée.

Mais, malheureusement, Obama s’affirme bien meilleur orateur qu’acteur.

Detention center at Guantanamo Bay
Photograph John Moore/Getty images
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