shaker-aamer-nov-2012-1Né dans la ville de Médine le 12 Décembre 1968, Shaker Aamer quitta l’Arabie Saoudite à l’âge de 17 ans se rendant aux Etats-Unis et autres pays d’Europe. En 1996, il s’installa en Angleterre où il rencontra son épouse d’origine britannique.

Etabli au sud de Londres, Shaker travaillait en tant que traducteur de langue arabe dans un cabinet d’avocats spécialisé dans les affaires d’immigration. Durant son temps libre il aidait les réfugiés à trouver un logement et les conseillait dans leurs différends avec le Ministère de l’Intérieur (Home Office). Ayant reçu l’autorisation de demeurer sine die en Angleterre, il est père de quatre enfants, tous citoyens britanniques, mais n’a jamais rencontré le plus jeune d’entre eux, né après sa capture.

En 2001 Shaker Aamer se rendit avec sa famille en Afghanistan pour œuvrer en tant que bénévole dans une institution caritative islamique. Il y travaillait au moment où les Etats-Unis envahirent le pays. Il fut capturé et vendu à deux reprises par des chasseurs de prime et en Novembre 2001, il fut détenu par l’Alliance du Nord à Jalalabad qui le livra ensuite aux Américains. Il fut alors emmené par hélicoptère à Bagram dans une opération qu’il qualifia plus tard de pur et simple kidnapping. « Nous étions des otages, non des prisonniers » affirma-t-il. Le 14 Février 2002 il fut emporté à Guantánamo Bay où il se trouve jusqu’à ce jour sans aucune charge ni jugement.

Shaker Aamer fut suspecté par les Etats-Unis d’entretenir des liens avec les Talibans et Al-Qa’ida mais Clive Stafford Smith, avocat spécialisé dans les droits de l’homme, précisa que les allégations n’étaient nullement recevables devant la Cour. Son avocat dit qu’il est totalement innocent. L’administration Bush reconnut plus tard n’avoir aucune preuve contre lui. Ainsi il fut déclaré libérable par cette dernière en 2007 puis par l’administration Obama en 2009.

Lors de sa détention à Bagram il subit tortures physiques et psychologiques. Il rapporta à Zachary Katznelson, avocat travaillant pour le groupe Reprieve : « Une fois, après avoir été privé de sommeil durant quelques jours, ils m’emmenèrent dans la salle d’interrogatoire et les membres de l’équipe de renseignement commencèrent à rentrer un par un remplissant la pièce d’une dizaine ou plus de personnes (…) L’un d’eux, un agent britannique du MI5, se trouvait là et ils se mirent à me parler en différentes langues – Anglais, Français, Arabe – en hurlant. Je me mis à hurler avec eux et j’ignore ce qui se produisit après cela. Tout ce que je sais c’est que je sentis quelqu’un s’emparer de ma tête et se mettre à la cogner contre le mur arrière avec une telle force que ma tête rebondissait. Ils hurlaient qu’ils me tueraient ou que j’allais mourir. »

Il relate qu’ensuite les interrogateurs quittèrent la salle : « Ils se retirèrent en laissant une arme sur la table et me laissèrent seul avec (…) Je ne sus qu’en faire. Voulaient-ils que je me tue ou voulaient-ils que je m’en empare afin qu’ils puissent me tuer en prétextant que j’allais leur tirer dessus ? »

Il fut ensuite déporté à Kandahar où le MI6 lui aurait laissé le choix entre espionner des suspectés jihadistes en Angleterre ou rester sous détention américaine.

A Guantánamo Bay, Shaker Aamer, une fois encore, révéla toute sa grandeur d’âme.

Dès son arrivée en 2002, de par ses connaissances de l’anglais et de l’arabe, il devint le porte-parole non-officiel des prisonniers, se battant pour leur bien-être, n’hésitant pas, à chaque fois qu’il en était (ou encore aujourd’hui qu’il en est) témoin,  de réprimander les officiers pour leurs actes de cruauté.

En 2005, il mena un mouvement de protestation contre les autorités de Guantánamo, coordonnant une grève de la faim qui permit d’aboutir à une brève amélioration du rigide régime du camp. Il exigea que les prisonniers soient traités selon la Convention de Genève et fut la cause d’une mise en place d’un comité de griefs pour les prisonniers. Les repas des prisonniers eux-mêmes sont basés sur un régime alimentaire plus sain qu’Aamer négocia personnellement après avoir accepté de mettre fin à la grève de la faim.

Alors qu’on le ramenait du centre médical au bloc principal de la prison, l’ensemble des détenus l’acclamèrent sous un tonnerre d’applaudissement. En le raccompagnant à sa cellule, le Colonel Michael Bumgarner, gardien pénitentiaire, évoqua le respect que les prisonniers lui témoignaient : « Je n’avais jamais vu des hommes adultes – avec barbes, des hommes endurcis – pleurés à la vue d’un autre homme… C’est comme si je me trouvais avec Bon Jovi. »

Mais il se peut que l’esprit activiste de Shaker Aamer joue contre lui. Au sein de la prison déjà, étant considéré comme l’un des plus influents prisonniers, il fut confiné à une cellule d’isolement la majeure partie du temps. En outre, la raison pour laquelle il n’a toujours pas été libéré est un mystère.

D’après Andy Worthington, journaliste d’investigation et auteur spécialisé dans les affaires de Guantánamo : « L’ironie du sort est que Shaker pourrait être la victime de ce qu’il a accompli à l’intérieur de Guantánamo plus que ce dont il pourrait être suspecté d’avoir fait avant sa captivité. Il a été une épine plantée au sein des autorités pénitentiaires, organisant des grèves de la faim et luttant pour les droits des prisonniers. De toute évidence il est un homme charismatique et éloquent. »

Binyam Mohamed l’un des Britanniques qui occupait une cellule à une porte de Aamer a, depuis sa libération, déclaré savoir pourquoi Aamer était toujours dans le camp de détention « Je dirais que les Américains essaient de le rendre aussi silencieux que possible. Ce n’est pas qu’il a quoi que ce soit. Ce qui s’est produit en 2005 – 2006 est un incident que les Etats-Unis ne veulent pas que le monde apprenne – les grèves de la faim, et tous les événements qui prirent place, jusqu’à la mort des trois frères… informations intérieures de tous ces évènements, sans doute. Evidemment, Shaker ne les possède pas, mais les américains pensent qu’il peut en posséder une partie, et ils n’aiment pas que ce genre d’informations soient transmises. »

Clive Stafford Smith, son avocat et directeur de l’ONG Reprieve, en est venu à la même conclusion : « Je connais Shaker depuis un moment, et de par son éloquence et son franc parler au sujet des injustices de Guantanamo, il est absolument certain qu’il est considéré comme menace par les Etats-Unis. Et ce non en tant qu’extrémiste mais en tant que personne qui peut, de façon plutôt éloquente, critiquer le cauchemar qui se produit là-bas. »

Omar Deghayes, ancien détenu de Guantanamo qui a connu Aamer, a dit de lui : « Il était toujours à l’avant, traduisait pour les autres, se battait pour eux, et s’il était témoin de problèmes quelconques dans le bloc, il criait sur les gardes… jusqu’à ce qu’il obtienne la reconnaissance de vos droits. C’est la raison pour laquelle il se trouve toujours en prison… car il est très éloquent, une personne très intelligente, un être prêt à se battre pour les droits des autres. »  

Aujourd’hui Shaker Aamer est en grève de la faim depuis plus de 100 jours. Il continue à se battre pour la reconnaissance de ses droits ainsi que pour ses co-détenus. Dans une récente interview (les questions lui furent envoyés et il y répondit depuis sa cellule), lorsqu’on lui demanda s’il avait encore des choses à dire (pour conclure), il répondit : « Oui, il y a énormément de choses que j’aimerais dire. Mais je les dirai lorsque je serai libre. »

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Grâce à Dieu notre Frère est aujourd’hui libre.

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