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Freedom for all – by Banksy

On a souvent des choses à poster mais l’on tarde… parce que l’on se dit que l’on va peaufiner les articles, qu’on ne peut poster les choses à moitié, qu’il les faut toujours plus complètes… Mais le temps passe et on finit par ne rien poster du tout.

Ecrire, écrire pour dire la vérité, écrire pour dénoncer les choses, pour transmettre les appels trop souvent étouffés. Quelqu’un nous lira-t-il ? Quelqu’un comprendra-t-il ? Dans le fond, peu importe. Le résultat n’est pas entre nos mains. Notre devoir est de transmettre, aussi le faisons-nous.

Nous voulions poster une présentation plus longue de Shaker Aamer, cet homme de grande noblesse encore retenu à Guantánamo bien que jugé libérable. Elle est en réalité prête, mais elle nous paraissait moins complète. Nous la posterons malgré tout… in sha’a llahu. Mais en attendant, disons ce que nous avons réellement à dire. Shaker Aamer nous a enseigné une grande leçon : à chaque fois que nous voulons accompagner des opprimés, ce sont en fait eux qui nous accompagnent. Ils sont là tous les jours, à nous enseigner quelque chose de nouveau, de plus profond. Notre regard du monde change, car il doit changer. Nousbirds sommes ces oiseaux libres posés à la fenêtre de leurs cellules, qui écoutent et voient les leurs enfermés dans des cages de fer glacial. Ils observent, essaient de voir les choses comme elles sont réellement, écoutent les chants mélancoliques de leurs compagnons prisonniers, ces mélodies d’intense tristesse, et comprennent la responsabilité qui est leur une fois cette plainte entendue. Il leur faut battre des ailes et transmettre le message.

Shaker Aamer est un modèle même de justice et de courage. A plus d’une reprise il a indiqué qu’il ne suppliera pas ses oppresseurs. Il a des principes par lesquels il vit et pour lesquels il se bat. C’est un combat humain, un combat de dignité. Dans une lettre qu’il avait envoyé de Guantánamo (publiée par The Guardian) il concluait : « J’espère ne pas mourir dans cet endroit atroce. Je veux prendre mes enfants dans les bras et les voir grandir. Mais si la Volonté de Dieu est que je décède ici, je veux mourir avec dignité. J’espère, si le pire se produit, que mes enfants comprendront que je me souciais des droits de ceux qui souffrent autour de moi presque autant que je me soucie d’eux. » 

J’admire cette détermination, ce courage. Dans l’ensemble du parcours de Shaker Aamer on découvre la profondeur des notions : sacrifice, altruisme, solidarité, fraternité… Des valeurs qui ne cessent de se raréfier.  

Le cœur nous le répète donc constamment : il nous faut suivre son modèle. Le problème est qu’il y a un facteur qui empêche nombreux oiseaux de voler… Ce facteur est la peur. 

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Comme le disait Moazzam Begg dans un entretien avec Tariq Ramadan sur le rôle des musulmans dans l’affaire de Guantánamo : 

« Le facteur de la peur est placée sur nous. « Ne parlez pas. Ne vous représentez pas vous-mêmes. Ne vous levez pas pour des idéologies et morales. Ne vous exprimez pas contre la politique étrangère. Si vous le faites, le prix à payer n’en vaudrait pas la peine. » Ce qui se passe alors est que les gens deviennent de plus en plus marginalisés. Nous avons eu cette discussion à plusieurs reprises, mais au moins en ce qui concerne Guantánamo les gens devraient s’exprimer. Il y a quelques mois j’ai rencontré l’ancien sous-secrétaire du Département de la Sécurité Intérieure des Etats-Unis – qui était très proche de Bush – et il vient tout juste de publier un rapport intitulé « Task Force on Detainee Treatment » affirmant très clairement que ce qui s’est produit à Guantánamo était indiscutablement de la torture, il n’y a absolument aucun doute là-dessus. Mais en dépit de cela les gens disent encore : « Mais ça c’est eux, ne nous en mêlons pas. Si nous intervenons, il se peut que notre nom soit sur la liste noire. Il se peut que nous soyons placés sur une de ces listes, il se peut que nous soyons arrêtés aux sorties des aéroports. » Comme vous le savez, toute lutte pour la justice requiert quelque sorte de sacrifice… Mais les gens ont peur… » (Fin de citation)

Dieu merci, à travers le monde on peut voir de réelles mobilisations pour les délaissés de Guantánamo. En Amérique, un prêtre, que l’on salue respectueusement, a entrepris une grève de la faim en solidarité aux grévistes de Gitmo. Les membres d’Anonymous ont très fermement affirmé qu’ils arriveraient à voir cette prison clore ses portes… Dans son dernier discours, Obama n’a eu autre recours que de réitérer son souhait de clore la prison. Il a levé le moratoire sur le transfert des prisonniers yéménites. Aujourd’hui on apprend même qu’un des détenus mauritaniens – Ahmed Ould Abdul Aziz – aurait été libéré… L’information n’est pas encore confirmée, mais les espoirs sont là. Prions… Mise à jour : Malheureusement il s’agissait d’une erreur d’un des représentants des Droits Humanitaires en Mauritanie.

Après son discours, qui on l’espère ne sera pas que rhétorique, Obama n’a encore rien fait pour l’avancée des choses…

Poursuivons donc la lutte.

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Le message nous le comprenons : Musulmans et non musulmans : soyons plus actifs. Nous espérons que les sites francophones évoqueront plus ce sujet désormais… 

Pour conclure, nous aimerions citer George Orwell dans son 1984, ouvrage souvent cité par Shaker Aamer lui-même… En le lisant on ne peut s’empêcher de penser à eux… qui sont là-bas, et qui comprennent mieux que quiconque les références de l’ouvrage. Nous aurions pu citer nombreux passages, car ils sont tous poignants (et nous vous recommandons de le lire), mais c’est au courage et au sacrifice que nous voulions faire honneur. Ceux qui se battent pour le changement peuvent très bien ne jamais le voir… C’est ce à quoi fait référence cet extrait : l’engagement dans une lutte pour un monde meilleur est synonyme de mort pour les personnages de l’ouvrage. Mais malgré tout… 

« Nous sommes des morts. Notre seule vie réelle est dans l’avenir. Nous prendrons part à cet avenir sous forme de poignées de poussière et d’esquilles d’os. Mais à quelle distance de nous peut être ce futur, il est impossible de le savoir. Ce peut être un millier d’années. Actuellement, rien n’est possible, sauf d’étendre petit à petit la surface du jugement sain. Nous ne pouvons agir de concert. Nous pouvons seulement diffuser nos connaissances d’individu à individu, de génération en génération. En face de la Police de la Pensée, il n’y a pas d’autre voie. » 

~ Peace’n’fight ~ 

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